Les Années Maxximum

Quand en février 1989, la CLT (Compagnie Luxembourgeoise de Télédiffusion) rachète Aventure Fm pour créer Maxximum , elle prouve que la concurrence ne lui fait pas peur.
Et pour cause ! Elle a en mains tous les atouts pour réussir son entrée sur la bande FM, des moyens financiers colossaux, une équipe professionnelle et motivée et surtout un marché qui ne demande qu'à être exploité, celui de la dance music. En effet, depuis la fin des années 70, la dance music à laquelle on prédisait peu d'avenir, a envahi le monde. Disco, funk, house, new-beat, techno, acid...

L'offensive Maxximum

Au fil des années, la dance a évolué, sortant des clubs pour gagner la programmation des radios musicales et le coeur du public. Toutefois, lorsque la CLT lance son offensive, la dance music est noyée dans des formats généralistes et très commerciaux. Il restait donc à la faire exploser. Le 23 octobre 89, Maxximum relève le défi. Très vite, le format musical "pointu" (sic), hors Top 50, donne à la radio une forte idendité. Le moins que l'on puisse en dire, c'est que Maxximum innove. Elle s'emploie à faire connaître les nouveautés des charts européens avant tout le monde. A cette occasion, elle lance des artistes jusqu'alors inconnus dans nos contrées. Adeva, Black Box, Lisa Stansfield... Bref, tous les nouveaux courants dérivés de la dance passeront par les oreilles de Mickaël Bourgeois, directeur de la programmation, avant de gagner celles des auditeurs. A ce sujet, la radio n'est pas en reste. Au delà du simple phénomène de nouveauté du produit qui pique la curiosité, le nombre d'adeptes augmente plus vite que l'ouverture des fréquences. Aussi, quand en octobre 90, Maxximum souffle sa première bougie, le gâteau est de taille. 1% d'audience nationale ! Le contrat est rempli. A cette période, tout laisse à penser que les bonnes fées se sont penchées sur le berceau de la station. Cependant, comme dans les contes, l'esprit malin est dans l'ombre. Au CSA (Conseil Supérieur de l'Audiovisuel) on n'a pas oublié une querelle politique qui existe depuis 1981 entre le Gouvernement et la CLT. Maxximum va en faire les frais. En décembre 90, sur décision du CSA, la radio perd la région RhôneAlpes et son directeur, Eric Hautville , se voit dans l'obligation de choisir entre la radio RVS, dont il est propriétaire, et Maxximum qu'il dirige pour le compte de la CLT. Exit Eric, Hervé Rony, alors responsable juridique de la station, prend les commandes. Promotion ou cadeau empoisonné ? Il ne va pas tarder à le savoir. Il a entre les mains le bébé de la CLT, un bébé qui ne demande qu'à grandir. L'incompétence d'IP-FM (la régie publicitaire imposée par la CLT) se confirme de jour en jour. Autant elle assure un revenu conséquent à Fun, autant elle laisse Maxximum en plan!

Quand la loi s'en mêle

De plus, la station se heurte à la loi anti-concentration. Cette loi stipule qu'un réseau national (en l'occurrence, ici, RTL) n'a pas le droit de posséder un autre réseau national de plus de 15 millions d'auditeurs potentiels. Or, depuis fin 90, Maxximum a largement dépassé ce quota. Par conséquent, sans recettes publicitaires, le développement du réseau est dans l'impasse. Commence alors, le jeu vicieux du "on ouvre ici, on ferme là". En avril 91, la CLT envisage comme solution miracle la fusion de Maxximum avec Fun Radio, puis avec Metropolys. L'idée fera son chemin, mais pas avec la réussite escomptée : c'est à dire absorber Metropolys! En juin, on commence à comprendre que l'on perd lentement mais sûrement. Pourtant, la viabilité du format n'est toujours pas en cause. Malgré le retrait par le CSA d'un certain nombre de fréquences lui faisant perdre 3 millions d'auditeurs potentiels, Maxximum maintient son audience nationale à 1,1 %. En Ile de France, avec 3 points, elle est désormais le 8ème réseau. N'en déplaise aux esprits étroits, Maxximum ne perd pas faute d'audience inhérente au format !
Pour être éventuellement face à un constat d'échec, il lui aurait fallu au moins encore deux ans d'existence. Elle aurait alors atteint sa phase de maturité et peut-être réussi à gagner le public aux nouveaux courants de la dance music ; après tout quand l'on voit une artiste comme Rozalla conquérir les charts français et mondiaux, on constate que la dance a plus que des fans, elle a un avenir ! Dans le Nord et l'Est, la Belgique a ouvert la voie. Dans le Sud de la France, le travail reste à faire. C'est une des raisons pour laquelle, l'été dernier, Maxximum a élargi son format (plus soft). Toujours est-il, qu'à la CLT, on ne peut pas se permettre de perdre de l'argent ! Résultat... la restructuration est amorcée. Les premières têtes tombent ! Et les discussions se poursuivent sur le devenir des deux réseaux. En août, le langage se veut franco-espagnol. En septembre, la SER (première chaîne de radio espagnole), filiale du groupe Prisa (éditeur d'El Pais, opérateur de Canal Plus Espagne et de "The Independent") trouve en la CLT, le partenaire idéal pour sa stratégie européenne. Précisément, la SER jusque-là actionnaire minoritaire de Metropolys, met sur la table de quoi devenir actionnaire majoritaire du "rejeton" issu de la fusion Maxximum/Metropolys : M40. A partir de là, tout va aller très vite. Les jours des deux stations moribondes sont comptés. Ceux du personnel aussi. Midécembre, le CSA entérine la fusion. La suite, les auditeurs de Maxximum s'en souviendront !!! Dans la nuit du 30 au 31 décembre, en guise d'étrennes, on leur annonce la bonne nouvelle !!! A l'unanimité, c'est la consternation, le dégoût voire la colère. Le jour J, ces sentiments seront tempérés par une multitude d'appels et de fax, pour soutenir et remercier toute l'équipe. Il n'empêche que le 6 janvier à minuit, Maxximum s'est tû.

Catherine Laurens 

 


De La Dance N° 14 Mars 1992 :
Catherine Laurens
(ex journaliste de Maxximum)
signe un article sur les années Maxximum.












De haut à gauche au bas à droite :
Cocto, Fred Rister, Eric Madelon,
Hélène Zélany, Joachim G.,
Mickaël Bourgeois, Pat Angeli,
Lionel Saffré et Fabrice Revault.


























5 janvier 1992 :
La prod et son mur de fax
envoyés par les auditeurs .